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Les étapes essentielles de la petite enfance

Sur le chemin de l’autonomie, le développement d’un jeune enfant est tout, sauf linéaire. Les avancées les plus importantes ne se font pas sans remous, ni régressions. Pour les parents, cette progression peut être déstabilisante. Voici nos conseils pour accompagner votre tout petit à travers les étapes de la petite enfance.

Ses premières années, un bébé accomplit un travail de titan. Jamais plus au cours de sa vie, il n’évoluera à un tel rythme. Physiquement, nous le voyons se transformer jour après jour. Psychiquement, sa progression est tout aussi phénoménale, quoique beaucoup moins régulière. Ses phases de grands progrès alternent avec des moments de régression apparente qui font se questionner tous les parents. En outre, chaque nouvelle acquisition fragilise l’enfant, en bouleversant son rapport au monde. Les formidables capacités dont un petit fait preuve dès la naissance ne s’exprimeront qu’avec les soins que nous lui prodiguons, et surtout grâce aux échanges qui s’instaurent très vite entre ce petit surdoué et nous. Il construit son monde au fur et à mesure qu’il le découvre, en interaction avec le regard de l’autre. Pour l’accompagner dans la grande aventure de sa vie et l’aider à devenir un individu autonome, il nous faut donc comprendre ce qui se joue à chacune de ces « périodes sensibles ».

Les 6 premiers mois

Les premiers mois, votre bébé a découvert le monde grâce aux échanges avec vous, sa maman. Au travers des soins et du portage, des regards, des paroles et des câlins, il a construit ses premiers repères et le sentiment de sécurité qui lui permettront de grandir. Ce phénomène fondateur, qu’on appelle l’accordage, dure environ douze semaines. Puis l’enfant communique avec tout son entourage et prend conscience qu’il est une petite personne importante.

A partir de 6 mois

Vers 6 mois, le bébé reconnaît ses proches (nounou, famille et amis), mais refuse d’entrer en relation avec tout visage inconnu. C’est la première turbulence qu’il traverse et qui vous surprend. En quelques semaines, ce bébé souriant et sociable devient sauvage, craintif, timoré. On dirait qu’il régresse, mais en fait, il est en train de faire des découvertes fondamentales qui le fragilisent. En effet, sa peur des étrangers témoigne d’une phase un peu inquiétante pour lui : il réalise que sa mère est une personne distincte de lui, pouvant s’éloigner et même se séparer de lui, alors qu’elle est celle dont il a le plus besoin.

Parallèlement, il découvre le principe de « permanence » : il comprend que les choses qui disparaissent de sa vue ne cessent pas d’exister, mais sont ailleurs et réapparaîtront. Cette découverte tombe à point nommé, elle va lui permettre d’anticiper le retour de sa mère, et donc de supporter ses absences, au moment même où toute séparation est devenue pour lui un manque, un danger.

C’est à ce stade de son développement que le bébé va jeter son dévolu sur un « doudou », drap, peluche, mouchoir… qui tiendra lieu de maman en l’absence de celle-ci et l’aidera à se rassurer en attendant son retour. Vous sentez bien que votre bébé est « perturbé ». Alors pas de forcing pour qu’il fasse des risettes aux invités. Acceptez cette phase de repli comme un signe de maturité. En ce moment, votre enfant a particulièrement besoin de routine : évitez tout changement, comme par exemple, une nouvelle nounou ou une entrée en crèche. Installez des rituels, surtout le soir, pour le rassurer avant de le coucher. Répétez les mêmes lectures, les mêmes jeux, notamment « coucou/caché », qui rejoue séparation et retrouvailles.

Vers un an, tout rentrera dans l’ordre. En effet, au début de sa deuxième année, votre enfant fait deux grands pas en avant, qui transforment son rapport à l’environnement et modifient profondément le regard porté sur lui : la marche et le langage.

Aux alentours de 18 mois

Lorsque le bébé se met à marcher, il prend possession du monde. L’accès au langage constitue une autre petite révolution. Car lorsqu’il dit « maman partie », il gère la séparation lui-même, au lieu de simplement la subir. Il commence à se situer dans le temps, grâce au passé et au futur (« Va revenir, maman ») Enfin et surtout, le langage permet l’abstraction, la symbolisation : nommer une chose, c’est la faire exister dans sa tête. L’enfant qui parle cesse de coller au réel, il peut « faire semblant », le langage lui ouvre les portes du royaume de l’imaginaire. Et aussi celui de la rébellion, car désormais il peut dire NON! C’est pour cela qu’on nomme souvent cette période des 2-3 ans, la première adolescence.

L’âge du « non »

Pour construire son identité, le jeune enfant a besoin de se différencier de vous. Il se met à répondre systématiquement « non » à toutes vos demandes. Son but n’est pas de vous contrarier, mais simplement de vous dire qu’il existe et qu’il n’est pas vous. Il vous teste, réclame votre regard, votre attention. Il marque son territoire en s’appropriant des objets, en refusant de partager. Mais un problème se pose alors à lui : il est tiraillé entre deux désirs contradictoires. D’un côté, il voudrait se démarquer, s’affirmer et se débrouiller seul. De l’autre, il a encore terriblement besoin de se rassurer dans vos bras, d’être aidé, accompagné. Cette ambivalence crée des tensions, des sautes d’humeur, des difficultés de comportement, typiques de cette période.

Le mimétisme

Autre challenge difficile, l’enfant se voudrait aussi fort et puissant que ses parents. Il imite l’adulte, singe ses attitudes, ses mimiques, ses expressions. Il joue à être grand, veut se débrouiller seul pour fermer ses chaussures ou bien encore boutonner son manteau. En réclamant de faire les choses lui-même, il fait un pas de plus dans l’affirmation de soi. Mais ses capacités motrices ne sont pas encore à la hauteur de ses désirs. Lorsqu’il échoue, son fantasme de toute-puissance se heurte au réel : une telle frustration peut provoquer une violente colère. Découvrir la frustration, c’est essentiel pour lui à cet âge : il a besoin d’apprendre à la gérer, à l’accepter, à la dépasser. C’est une période éprouvante. Votre jeune rebelle peut se montrer pénible, évitez de le juger. Lui dire qu’il est « vilain » ne peut que renforcer son attitude et lui donner une mauvaise image de lui-même.

Il va vous falloir doser votre autorité avec doigté, en restant inflexible sur l’essentiel, mais en acceptant de négocier sur ce qui vous parait secondaire. Il cherche des limites. Se sentir cadré le rassure, se sentir écouté lui donne confiance en lui. Encouragez son désir d’autonomie, laissez-le faire un maximum de choses lui-même, et s’il échoue, positivez : «Tu réussiras mieux la prochaine fois. » Apaisez ses colères en les traduisant par des mots, mais ne cédez pas, cela deviendrait un moyen de chantage.

Ça y est, les « terrible two », comme disent les Anglais, est derrière lui… et derrière vous ! Le bébé capricieux est alors devenu un petit garçon ou petite fille bien dans son identité et sa vie.

A partir de 3 ans : fin de la petite enfance

Entre 3 et 6 ans, le papillon sort de sa chrysalide. C’est la fin de la petite enfance. Son identité est construite, il utilise le « je » pour se désigner. Son vocabulaire s’enrichit, son univers s’élargit, il se fait ses premiers copains. L’école maternelle est pour lui un laboratoire de socialisation. Son imagination se déploie, il élabore des scénarios, invente des personnages, explore d’autres identités. Il peut s’inventer un ami qui fait tout ce que lui ne peut ou n’ose pas faire. Ce n’est pas un problème tant que cet ami imaginaire ne prend pas la place de ses vrais copains. Des monstres viennent hanter ses nuits. Ces peurs irrationnelles se manifestent surtout lorsqu’il a fait une bêtise ou vécu un conflit : les « méchants » le punissent. Ne vous moquez pas, aidez-le à les gérer.

Le complexe d’œdipe

C’est à cette période qu’il est confronté à ce que les psys nomment le complexe d’Œdipe, phase essentielle du développement. Il s’identifie à l’un de ses parents en cherchant à séduire l’autre. En général, il choisit comme objet d’amour le parent de sexe opposé, et comme rival le parent du même sexe. Mais il peut inverser son choix, puis revenir à sa première idée. Ces allers-retours n’ont aucune incidence sur son orientation sexuelle : il ne s’agit pas de sexualité, mais d’amour, et surtout d’identification.

Il cherche son modèle pour grandir. Quel que soit son sexe, l’enfant a besoin du regard admiratif de ses deux parents. N’entrez pas dans son jeu, ne laissez pas de place à l’ambiguïté dans vos propos ou vos attitudes. Restez à votre place de parent, compréhensif et bienveillant. Énoncez clairement l’interdit de l’inceste : « On ne se marie pas avec sa maman (son papa). Plus tard, tu rencontreras une jeune fille (un jeune homme) de ton âge dont tu seras amoureux, et tu deviendras un papa (une maman). » Lorsqu’il l’aura intégré, l’enfant se rapprochera du parent du même sexe pour s’identifier à lui, et sera prêt à grandir. Mais cela peut prendre du temps. Une fois l’Œdipe résolu, votre tout-petit est devenu un grand. Il entre dans des eaux plus calmes, il est en route vers l’âge de raison.

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