Face à la détresse des enfants à travers le monde, la priorité pourrait sembler d’explorer toutes les pistes afin de trouver un foyer pour le plus grand nombre d’entre eux, le plus rapidement possible. La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) rappelle que tout doit être fait dans un premier temps pour maintenir ce dernier dans son pays et sa culture d’origine; à condition que cela n’entrave pas son épanouissement, autre droit inscrit dans la CIDE. Dans certains pays, cela équivaut à une cruelle quadrature du cercle. L’adoption apparaîtrait donc comme l’une des réponses au problème.

Les débuts de l’adoption à l’étranger

Dans les années 1960 à 1980, face à la misère du Tiers Monde rendue plus visible par la télévision, des œuvres américaines et européennes travaillant sur le terrain ont encouragé l’adoption d’enfants qu’elles recueillaient. En France, à la même époque, il y avait des pupilles de l’État « oubliés » dans leurs familles d’accueil ou dans des institutions. Certains parents se tournaient vers l’étranger plutôt que la France. C’était en partie parce que les services sociaux ne recherchaient pas toujours activement une famille pour les enfants dont ils avaient la charge. C’était aussi parce que les reportages dans les médias sensibilisaient le public davantage aux carences des enfants d’ailleurs qu’à celles — moins flagrantes et pourtant tout aussi réelles sur le plan affectif — des enfants d’ici.

De surcroît, la démarche pouvait apparaître comme plus simple, ayant plus de chances d’aboutir. L’autorisation d’adopter, ce que nous appelons aujourd’hui l’agrément, était obligatoire pour l’adoption nationale et internationale. Elle comportait dans les deux cas le même nombre de rencontres avec une assistante sociale et un psychiatre. Néanmoins, il y avait une différence notable. Afin que l’autorisation soit valable pour une adoption en France, son obtention était conditionnée au fait que le Conseil de famille des pupilles de l’État, qui, avec le préfet, assure leur tutelle, jugeât les candidats aptes à accueillir un enfant. Pour l’adoption internationale, l’obtention de cette autorisation était simplement conditionnée au fait que les candidats aient déjà trouvé un enfant; ou qu’un enfant leur ait été trouvé.

Les conséquences pour certains enfants adoptés

C’est ainsi que, s’étant vus proposer un enfant par une œuvre humanitaire, certains couples demandaient et obtenaient une autorisation. Ces enfants, assurément, ont été aimés et chéris. Ils sont aujourd’hui de jeunes adultes épanouis et bien insérés dans la société française.

Quelques-uns, toutefois, adoptés trop hâtivement dans un élan de générosité qui n’a pas survécu aux assauts du quotidien, ont été confiés aux services sociaux et ont grandi douloureusement dans des institutions ou dans des familles d’accueil françaises, sans savoir ce qui leur avait valu d’être là.

En même temps, dans la discrétion, de nombreux couples refusaient une vision humanitaire de la famille. Ils entreprenaient alors, souvent seuls, avec ténacité, un cheminement personnel vers un enfant dont ils aspiraient simplement à devenir les parents. Sans le savoir, ils ouvraient les portes de l’adoption internationale à des milliers de couples. Cela allait permettre d’offrir à des enfants du monde entier une famille; et une place à part entière dans la société française. C’est là toute la différence entre action humanitaire et adoption. L’engagement humanitaire se définit selon les besoins d’une collectivité, même quand il soulage les difficultés des individus qui la composent. Il répond ainsi à des carences matérielles, sanitaires, culturelles. L’engagement humanitaire cherche à pallier à la fois dans l’urgence et sur le long terme.

L’adoption, en revanche, est une action au cas par cas, une réponse unique apportée aux besoins précis d’un enfant précis. Au sein d’une même institution, le cas de chaque enfant adoptable devra être traité individuellement. De même, il sera important de prendre en considération ses besoins aussi bien que possible. Ainsi, des parents pourront convenir à tel bambin mais ne conviendront peut-être pas du tout à tel autre.